Covid et châtiment

Beaucoup de théories complotistes circulent autour de l’épidémie du COVID mais bien peu d’entre elles, sinon aucune, ne seront validées par l’histoire. Le virus n’est pas une création humaine sortie par négligence ou volontairement d’un laboratoire ; la crise n’est pas devenue le prétexte pour les puissants d’accélérer la mise en œuvre de leurs projets ; les confinements 2, 3, 4 et couvre-feux n’ont pas été programmés de longue date afin de contrôler et d’étouffer pour des décennies la parole citoyenne ; les gouvernants n’utilisent pas la crise pour imposer des régimes totalitaires en lieu et place des anciennes démocraties… etc, etc. Tout cela est faux bien entendu, les experts de tous ordres nous le prouvent jour après jour et les premiers de classe nous expliquent, preuves à l’appui, combien nous nous trompons en donnant un gramme de croyance à ces hérétiques superstitions.

https://www.strategies.fr/actualites/medias/4043674W/les-10-fake-news-les-plus-repandues-sur-le-covid-19.html

A coup sûr, les scientifiques envoyés en Chine pour enquêter sur l’origine du virus désigneront, pour peu qu’ils en désignassent un, quelque pangolin aux ailes de chauve-souris et aux yeux de castors laineux comme responsable de la fatalité. Quant aux vague de licenciements, faillites des petits commerces, atomisation de la culture, mise sous stress-permanent des populations… elles sont la faute de ce satané virus à couronne mais certainement pas des têtes pareillement chapeautées que nous avons élues. Et ne croyez pas que les confinements sont un moyen facile de faire taire les oppositions, et d’empêcher le débat puisque, chaque fois, les médias se sont relayés avec un remarquable empressement pour promouvoir la juste parole. L’honnêteté de ces médias ne peut, par ailleurs, être mise en doute puisque elle se trouve garantie par les propriétaires des grandes chaînes qui n’ont, comme vous le savez, aucun lien avec ceux qui nous gouvernent, ni ne montrent aucune sympathie avec l’oncle Schawb ! Que dire encore de ces prétendues dérives totalitaires quand toutes les actions mises en œuvre le sont dans le seul but de nous protéger contre le terrorisme viral de ceux qui nous veulent du mal ?

https://fr.weforum.org/platforms

Évidemment les chagrins diront qu’en un an nous avons perdu toutes les avancées sociales dont la prébende avaient nécessité plus d’un siècle de combats syndicaux et politiques, que les 35 heures sont mortes, que les congés sont désormais au bon vouloir des patrons, que le télétravail sept jours sur sept et le temps partiel selon les besoins deviennent non opposables sinon obligatoires et que sous peu on nous demandera de réduire nos salaires par solidarité avec ceux qui massivement perdent les leurs. D’autres nocifs avanceront que l’état d’urgence est devenu permanent avec des prérogatives policières renforcées, que le fichage de la santé des individus est désormais autorisée, annonçant que certains usages ou emplois en dépendront bientôt, que le couvre-feu et le masque s’imposent comme un état de fait pour les temps à venir ou qu’une attestation ou le chargement d’une application de localisation en temps réel est nécessaire pour se déplacer. Les plus sinistres contesteront que la culture nous manque alors que Netflix, Canal Plus et C8 en offrent avec abondance, que les concerts nous manquent alors que la musique peut très bien s’écouter en faisant son jogging sur un tapis roulant entre le lit et la gazinière, que le bistrot du coin nous manque alors qu’on peut tout aussi bien boire une bonne bière en visio-conférence avec ses potes dans un vieux pub irlandais de synthèse, que les magasins de quartier nous manquent alors qu’on vous livre tous vos désirs directement à domicile… etc. Rappelons au besoin que tout groupement de plus de deux personnes est un risque majeur de développer un dangereux cluster de variants tueurs d’innocents. Non, toutes ces affabulation ne sont que fake news, théories du complot et racisme anti-riches. Tout va bien, le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour nous sauver la vie, et si certaines de vos relations proches de l’entourage de ceux qui nous gouvernent vous ont annoncé les confinements plusieurs mois à l’avance alors que les décisions n’ont officiellement été prises que quelques jours avant le début de chacun d’eux, ce n’est qu’un hasard, une simple coïncidence ou l’enchantement de quelque suppôt de Satan qui vous tangente l’esprit.

En fait, peu de crime sont commis sans motif. Dès lors, si l’on suspecte une agression, il faut en chercher la raison et, si l’on veut identifier les coupables, regarder dans les faits à qui profitent les bouleversements que cette violence entraîne.

Marée noireQuels sont donc les changements que cette épidémie nous impose ?

1- Un cloisonnement plus important de la population, des individus reliés virtuellement, se déplaçant peu et consommant principalement via des plateformes contrôlées par les multinationales. Une prédominance des dinosaures informatiques par lesquels toute l’information circulera bientôt. Une information évidemment triée pour drainer les consommateurs vers les principales enseignes et soumettre la connaissance à la parole institutionnelle. Un accroissement de la densification urbaine et des contraintes de mobilités, sous couvert d’écologie (ZFE, contrôles techniques, taxes…). Une désertification des campagnes (administration, transports et services de santé absents, normes de constructions individuelles extrêmement coûteuses, PLU et PADD hyper restrictifs…) ou une puissance des communications rendant toute action et production humaine connectable.

2- Une disparition des opérateurs indépendants au profit de grandes chaînes commerciales, de magasins franchisés ou soumis à l’actionnariat. Des restaurants, bars et petites enseignes en faillite bientôt rachetés à bas prix par les grandes chaînes exemptées de confinement. Des artisans laissés sur le carreau bientôt réembauchés, façon Uber, par les grands trusts planétaires largement épargnées par la crise. Des théâtres, libraires, cinémas indépendants ruinés et bientôt « sauvés » par les cadors du secteur à la condition de se soumettre aux désirs des actionnaires qui les financeront. Un système de santé défiguré par la crise, bientôt offert aux fonds vaccinaux illimités des grandes firmes pharmaceutiques.

3- Un amoindrissement des classes moyennes et un creusement du partage des individus en deux entités bien distinctes : les travailleurs et les financiers. Des riches bien décidés à détruire l’électorat éduqué qui valorise encore la démocratie et la solidarité pour ne garder que des individus impulsifs dont l’individualisme aura valeur de liberté. Bientôt, ceux qui détiennent des finances pencheront alors vers les gens de pouvoir en se disant qu’ils en font partie, les autres se partageront en deux camps, les grognons qui trouveront du réconfort dans quelque parti inoffensif de grandes gueules et les moutons à l’américaine, ne votant pas, ne faisant pas de politique, convaincus que leur sort ne dépend que d’eux-mêmes. Pourquoi ensuite maintenir un système électoral que plus personne ne revendiquera ?

4- Une destruction scrupuleuse des acquis sociaux qui se traduira à terme par un revenu minimum universel de survie que viendront compéter les périodes de travail. Bientôt le statut de base pour le travailleur sera celui de l’auto-entrepreneur, intermittent rémunéré sous forme de prestations de service, et, côté employeur, celui de l’entreprise virtuelle de type plateforme, axée sur la mise en relation de l’offre et du besoin avec production à la demande des consommables par des sous-traitants à bas coûts, asiatiques dans un premier temps, africains demain.

5- Une robotisation et une numérisation de la société qui va permettre à ceux qui gèrent les réseaux d’avoir une vision exhaustive des usages, des besoins et des désirs des individus et d’y répondre en un temps minimum. Cela concerne la sécurité en premier lieu où il s’agit d’observer mieux que ne le faisait la Stasi les gestes et les pensées de chaque citoyen afin d’anticiper toute atteinte à l’ordre nouveau. Cela concerne évidement la consommation en rapprochant le plus possible l’achat du désir jusque, là encore, faire que la dépense anticipe la volonté. Cela concerne l’éducation, avec le renversement du rapport enseignant-enseigné, le second devenant client du premier et non plus usager d’un bien commun. La culture et l’information, également, centralisée et diffusée non pas dans le but de servir le citoyen mais de satisfaire l’ambition celui qui les détient. La santé, encore, avec la mise en place de soins obligatoires, du parcage immédiat des brebis galeuses dangereuses pour la nation et d’une incitation à l’euthanasie pour les plus inutiles, résidents des Ephad, des prisons et des hôpitaux psychiatriques.

Le Christe en gilet jaune

Le Covid aura donc en moins de deux ans permit aux plus riches d’entre-nous, actionnaires des multinationales, dirigeants des grandes entreprises et possesseurs de l’essentiel du patrimoine foncier de la planète, curieusement épargnés par la crise économique, d’accélérer grandement la marchandisation du monde en neutralisant tous ceux qui la gênaient encore : exit l’opposition de gauche, les syndicats, les droits de l’homme et autre principe de précaution, exit les petits commerçants et artisans, exit les indépendants, les électrons libres et les libres penseurs, exit l’écologie et l’humanisme… vive le capitalisme du XIXe siècle et sa féodalité bourgeoise ! Ceux qui prétendent qu’on se dirige plus vers les pires sociétés décrites par George Orwell, Aldous Huxley, ou autres Ray Bradbury, se trompent : nous y sommes, en plein, et d’une façon beaucoup plus pragmatique ! Le développement des réseaux, les restrictions sociales consenties et le faux argument du libéralisme ne font qu’amplifier une démarche enclenchée à l’aube des années 90. Le rêve des maîtres de reconstruire le paradis perdu d’une aristocratie toute puissante nourrie par un peuple esclave est en train de se réaliser grâce la providence de cette épidémie opportune et tout à fait bien venue, contre laquelle, de surcroît, aucune opposition politique ne peut rien.

Alors, s’il vous plaît, n’allez plus dire que le gouvernement ne fait rien ! Les centaines de lois, décrets et arrêtés votés lors des confinements témoignent d’une conscience aboutie et d’une volonté tout à fait assumée. Néanmoins, si vous ne faites pas partie des héritiers dont la richesse financière est suffisante pour entrer dans le club restreint des actionnaires, dites-vous que l’histoire a toujours rendu aux enfants des esclaves des armes suffisamment tranchantes pour décapiter ceux qui exploitaient leurs pères. Souffrez en paix mes frères et aiguisez vos lames au fond des caves !

 

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Sortie de guerre

Les fins de guerre sont toujours propices à la maturation des esprits et aux évolutions sociales, elles sont des ruptures entre le monde d’avant qui a amené au conflit et le monde d’après du « plus jamais ça ». Le 8 mai 1945 a donné naissance, en France, à une politique de gauche inspirée de la philosophie progressiste du Conseil National de la Résistance et des aspirations communistes. Le Front populaire avait tracé la voie : baisse du temps de travail à 40 h hebdomadaire, deux semaines de congés payées, hausse de 12% des salaires, allocations chômage… Le Gouvernement provisoire ajoutera la Sécurité-sociale, les allocations familiales, le vote des femmes… Mais c’est surtout dans les esprits qu’il faut lire le plus grand bouleversement. Le travail, l’éducation, le rôle social des femmes, la place des vieux, la colonisation, l’économie, la guerre… dans tous les domaines, les conceptions qui primaient avant le conflit se sont affaissées pour donner de l’espace aux innovations. La technologie bien sûr a changé, le commerce, les modes de production mais aussi les relations humaines, y compris sentimentales. Le rapport au vivant n’est plus le même et le regard que l’on porte aux Dieux créateurs s’est modifié. Toute guerre s’achève sur une maturité des consciences et une émancipation des individus comme la vague sur la plage se termine en écume.

Puisque notre président a situé la crise du coronavirus dans le registre de la guerre, nous pouvons légitimement penser sa fin comme une sortie de guerre. Qu’auront appris les consciences de cette tourmente existentielle ?

Sur le plan purement médical, l’ancien monde a imposé une démarche d’innovation qui n’a pas fonctionné face à l’épidémie. Alors qu’il était tout à fait possible de soigner les malades avec des médicaments déjà existants et à faible coût, les dirigeants ont choisi la fuite en avant technologique. La recherche d’une nouvelle molécule (dont l’inventeur serait le seul dépositaire, avec tout le pouvoir et tout l’argent pressenti) a été préférée à celle d’un dépistage de masse et d’un soin systématique par la chloroquine (ce qui n’aurait donné aucun pouvoir à personne et ni enrichi personne). Cette attitude qui est la marque, on ne peut moins emblématique, du libéralisme veut que toute richesse naisse d’une innovation.

https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/didier-raoult-parle-sur-bfmtv-revoir-l-entretien-en-integralite-1243716.html

Sur le plan économique, la crise nous a montré combien nos entreprises, de la plus importante à la plus microscopique dépendaient de l’approvisionnement étranger. Un simple virus, certes virulent mais pas plus mortel à l’échelle de la planète que les suicides, a pu ainsi mettre à mal tous les secteurs de l’économie. Nombre de sociétés jusque là bien portantes et rentables vont bêtement faire faillite après quelques semaines seulement de blocage. Évidemment, plus une économie est tendue, inter-dépendante et sans ressources propres, plus elle est fragile et capable de s’effondrer comme un château de cartes. Là encore, nous sommes dans le libéralisme absolu qui veut que toute activité humaine soit un marché et rien qu’un marché. Songeons alors à ce que serait devenu ce monde interdépendant si le virus avait tué comme la peste bubonique ou la grippe aviaire…

https://fr.statista.com/statistiques/1101676/mortalite-maladies-virus-bacteries/

Sur le plan politique, le désastre n’est pas moins grand. Le gouvernement, isolé dans son donjon, entouré d’une poignée d’experts engoncés dans des pratiques dogmatiques consciencieusement apprises dans les plus prestigieuses universités du monde, celles précisément qui forment les cadres de nos sociétés modernes et donc les responsables politiques, le gouvernement donc se retrouve incapable de comprendre la réalité quotidienne des ses concitoyens. Il ignore les petits boulots, la misère, les équilibres précaires des PME, les nécessités de base d’une population majoritairement fragile, les besoins de soins, l’importance des déplacements, l’effondrement écologique, le prix de choses… Il ignore tout parce qu’il se fie à des amphitryons qui ne rapportent que des moyennes, des statistiques globales, des principes généraux, des nombres… rien qui ne décrit réellement la vie des gens.

https://www.inegalites.fr/L-origine-sociale-des-elus-ne-reflete-pas-la-societe-meme-au-niveau-local?id_theme=18

Sur le plan social, la crise va se solder par un tsunami de licenciements (ceux des faillites et ceux conjoncturels des entreprises qui vont profiter de la situation pour « faire le ménage »), par une paupérisation des pauvres qui voient s’évaporer leur appoint de débrouillardise, un enrichissement des riches qui recentrent leurs investissements sur les nécessités les plus urgentes, un durcissement des conditions de travail et une complexification de la vie domestique. Les institutions publiques battent de l’aile, les 35 heures sont bannies, les congés payées remises aux calendes grecques… demain, les hôpitaux recouvriront leur solitude et le pétrole se remettra à flamber.

Flux tendus, hiérarchies, inégalités de richesse, contrôle des savoirs, féodalisation du monde… Tout ce qui compose l’identité du capitalisme, même repeint à la couleur d’un néolibéralisme salvateur, va partir en vrille. Comme en 2008, la chute sera brutale. Mais, en cette période de recentrement sur soi, chacun peut comprendre que la santé doit être un bien commun gérée par la collectivité ; que la production doit être locale, de proximité, artisanale et modulaire ; qu’aucune décision ne peut être prise sans débat ou être l’œuvre d’une seule tribu ; que l’instruction doit être l’affaire de tous dans un effort commun, solidaire et permanent ; le progrès social est l’objectif immuable et premier de toute humanité et que ce progrès doit se traduire par davantage de loisirs, moins de travail imposé, moins de tracasseries administratives, plus de liberté et une solidarité continue envers les plus démunis.

Toutes ces choses sont sues, elles ont été maintes fois dites et redites. Que ceux qui les ignorent encore relisent les livres de D.Bordon, l’Education assistée à domicile ou l’Abolition de la Richesse individuelle par exemple, et les promeuvent. Ces choses mériteraient d’être comprises une bonne fois pour toutes, adoptées définitivement et surtout mises en œuvre par ceux qui se revendiquent de la Gauche sociale et écologique. La sortie de guerre est l’occasion de cette renaissance, ne la ratons pas !

Abolir la RichesseEducation assistée à domicile

 

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La vérité sur la retraite par points

La retraite par point proposée par la droite est une expansion de la Retraite Additionnelle de la Fonction Publique en vigueur pour les fonctionnaires depuis 2005. Cette retraite additionnelle a été mise en place pour intégrer une partie des primes (importantes pour certains emplois, notamment pour les cadres) dans le calcul de la pension. Le site rafp.fr explique la démarche et tout ce qui s’y rattache.

https://www.rafp.fr/sites/rafp_fr/files/publication/file/plaquette_institutionnelles_2018_-_planches.pdf

En gros, la RAFP est un fonds de pension géré par un établissement public d’administratif (donc par un directeur) lui-même chapeauté par un Conseil d’administration où les riches sont bien évidemment majoritaires. L’ERAFP a d’ailleurs été distingué en 2017 par le prix du meilleur fonds de pension public européen. Son président est un retraité, certes, depuis avril 2019, mais président également du conseil de direction de la Banque de développement du Conseil de l’Europe, ce qui laisse imaginer la façon dont il conçoit le monde.

Comment fonctionne ce système de retraite par points ?

Le travailleur cotise chaque mois une certaine somme sur une part de son salaire (les primes pour les fonctionnaires, plafonnées à 20 % du salaire). La cotisation correspond à 10 % de cette somme. Cette cotisation donne des points, achetés au prix fixé par le gouvernement au moment de la cotisation (1,2317 euros le point en 2019). La retraite prise, ces points accumulés sont convertis en capital au prix de vente fixé également par le gouvernement, moins cher évidemment (1,1964 euros en 2019) . Dans le cas du versement d’une pension, le point est revendu au prorata d’une durée estimée de la retraite (0,04605 euros en 2019) sous forme de rente annuelle. Le retraité retrouve donc sa mise au bout de 25 ans de retraite, à 87 ans, et fait éventuellement du bénéfice au-delà. L’espérance de vie d’un français est, rappelons-le, d’environ 80 ans.

https://www.rafp.fr/le-calcul-de-votre-prestation-rafp

Outre le fait que le gouvernement tire un bénéfice sur la revente du point, argent dont la destination reste une énigme absolue, le fonds gonfle à vue d’œil car les cotisants restent plus nombreux que de pensionnés. Le rapport tourne autour de 1,5. 1,8 milliards d’euros ont ainsi été cotisés en 2018 pour 400 millions d’euros de prestations. Ce surplus alimente donc quotidiennement un fonds dont l’activité première est de spéculer sur les marchés boursiers. Avec des risques bien évidement, et la présence d’un service de contrôle des risques financiers (RFI) au sein de l’établissement témoigne qu’il s’agit bien là de spéculation à risque. Le RFI recrute d’ailleurs au moment où j’écris ces lignes un analyste des risques financiers senior… Puis-je suggérer le nom de Jérôme Kerviel ?

Ainsi, fin 2019, le fonds RAFP gérait près de 35 milliards d’euros d’actifs en valeurs boursières. Où vont les dividendes de cette spéculation qui ne sont pas reversés sous forme de rente au pensionnés ? Mystère. Que se passe-t-il en cas de dégringolade boursière comme en 2008 ? Mystère. La mise en place d’un système généralisé d’une retraite par point pour tout le monde aurait donc ce double objectif d’amener sur les marchés boursiers, donc entre les mains de spéculateurs professionnels (les fameuses banques d’investissement et leurs actionnaires, dont Goldman Sachs reste un emblème tutélaire) des sommes faramineuses d’argent public et d’éviter par là même en cas de faillite le dédommagement des travailleurs retraités.

https://www.senscritique.com/film/Goldman_Sachs_la_banque_qui_dirige_le_monde/8106695

Voilà le véritable objectif de cette réforme et voilà pourquoi les riches vont la mettre en place. Alors, syndicats, partis de gauche, manifestants de toutes les couleurs, au lieu de négocier je ne sais quel aménagement du taux catégoriel de je ne sais quelle branche d’une arrière boutique de la SNCF, balayons cette puanteur comme une vulgaire merde de chien et proposons autre chose au peuple français. Proposons qu’aucune retraite ne soit inférieure au seuil de pauvreté quelle qu’ait été la carrière professionnelle… Ce serait le début d’un rempart à opposer aux soldats de la finance. Les pauvres en ont grandement besoin et, au rythme où nous allons, ne doutez pas que nous serons bientôt des leurs.


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DaVinci business

 

Léonard de Vinci ne serait pas mécontent de la gloire posthume que l’Occident cultive 500 ans après sa mort. Lui, homme d’intrigues et d’affaires que ne renieraient pas les mafiosi de Marseille ou de la City londonienne, savait comme aucun autre à son époque s’immiscer dans les interstices du pouvoir, auprès des puissants pour obtenir un peu d’air et de soleil.

Le talent de peintre de Léonard de Vinci est incontestable mais peut-on dire que ses tableaux mis en avant par la médiatisation de son œuvre et de sa vie sont des chefs-d’œuvre de l’humanité ? La Joconde ? Saint-Jean-Baptiste ? Saint-Anne aujourd’hui ? Un sourire ? Une lumière ? Vous trouverez mille autres tableaux de peintres de cette époque plus enthousiasmants que ceux-là, plus mystérieux, plus lumineux ! Ghiberti, Taccola, Donatello, Uccello, Masaccio, Piero della Francesca et Fra Filippo Lippi… ne valent-ils pas celui qu’ils ont influencé ? Alors pourquoi De Vinci et pas un autre ? Parce que comme Picasso dont la signature a atterri sur une bagnole, Léonard de Vinci est devenu un produit, une marque, une icône commerciale.

Est devenu… Non, lui n’a rien demandé. Quelqu’un quelque part a décidé de fabriquer ce produit marketing à partir de son nom. Ce quelqu’un a construit une légende autour de sa personne et de son œuvre au point d’incruster dans nos pauvres cervelles d’abrutis que la Joconde est un tableau majeur et que tout ce qui existe aujourd’hui a été inventé par Lui, même la bicyclette ! Si si, regardez ! C’est dans son 8e Codex : le Codex fabulum, écrit trois quart d’heures avant sa mort.

Heureusement, certains comme l’historien Patrick Boucheron corrige un peu le tir marketing en coinçant dans l’engrenage médiatique quelques vraies vérités.

https://www.lepoint.fr/culture/on-considere-que-vinci-a-invente-tout-ce-qui-nous-interesse-19-10-2012-1518658_3.php

Il est bon, en effet, de rappeler qu’aucune des « inventions » de Léonard n’a jamais fonctionné et que les canaux de Romorantin restent à construire. Aucune « machine » n’a jamais vu le jour et toutes sont restées à l’état de dessins. Peut-être, comme Platon, est-il victime (et bénéficiaire) du fait qu’on ait retrouvé ses écrits alors que peu de ceux de ses contemporains ont survécu au passage du temps et des guerres.

L’historien Pascal Brioist, membre du Centre d’études supérieures de la Renaissance, nous invite à retenir quelque peu notre enthousiasme : la déification de l’artiste frise la téléologie, qui est cet art de faire comme si on pouvait deviner le futur à partir du passé, explique-t-il dans la presse.

https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/48994/reader/reader.html#!preferred/1/package/48994/pub/71054/page/17

Le Codex Atlanticus de Léonard est resté inconnu jusqu’en 1883, année où l’Allemand Jean-Paul Riechter le révèle au grand public. Il apparaît à une époque où l’on cherche à construire le roman de l’Occident, avec des héros mythiques, des surhommes capables de tous les exploits, des savants géniaux et des artistes absolus. La science devient l’opium des élites qui en font la religion matérialiste et laïque des peuples qu’ils gouvernent. Léonard entre alors dans le temple, aux côtés de Platon, Molière, Descartes et bien d’autres pour illustrer la gloire d’une civilisation triomphante. Quid dans cet objectif du parachute chinois ou de l’« orgue d’artillerie » allemand ? Quelle place pour Albert de Saxe, Nicolas de Cues, Villalpand, Bernardino Baldi, Cardan, Bernard Palissy, Robert Valturin ou Jacques Besson ? La Renaissance est italienne, elle s’appelle Léonard.

Pourtant s’il faut fêter la naissance de l’homme moderne, je préfère honorer Francesco di Giorgio Martini, dont Léonard de Vinci a été l’élève, et dont le carnet d’ingénieur recèle nombre de croquis qui ont font aujourd’hui la gloire de la star. Hélas, combien des trop nombreux badauds qui se presseront au musée du Louvre pour l’exposition anniversaire connaîtront les écrits de cet homme ?

 

 

 

 

 

 

 

L’objet Léonard est un signe des temps, celui des médiatisations planifiées, des apparences et du consentement, celui des émotions programmées et du pragmatisme économique. Pressez-vous donc braves gens, bousculez-vous, piétinez-vous, battez-vous pour ces places vendues aux enchères ! La culture est là ! C’est Jeff Koons qui vous le dit.

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40000 fonctionnaires interdits de retraite

1.600.000 retraités vivent actuellement en France avec une pension inférieure au seuil de pauvreté.
Plus de la moitié d’entre-eux ont une pension inférieure à 650 euros mensuels.

https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/retraites-je-vis-avec-650-euros-par-mois-et-je-suis-dans-une-misere-noire-temoigne-marie-7777026042

Cette situation concerne tous ceux qui n’ont pas atteint 120 trimestres de cotisation durant leur vie professionnelle. La décote est dans ce cas maximale, elle atteint 25 % de la pension théorique à taux plein. La pension nette reste donc  inférieure à 600 euros, par exemple, pour un salarié touchant 2000 euros par mois et ayant cotisé 25 ans.


A partir de 65 ans, l’ASPA (Allocation de solidarité aux personnes âgées) vient normalement à son secours à hauteur de 850 euros par mois. L’équivalent du seuil de pauvreté à 50 % du salaire médian.

https://www.notretemps.com/retraite/actualites-retraite/le-minimum-auquel-vous-avez-droit,i2398

Autant dire qu’aucun travailleur ne peut espérer partir à la retraite avec une pension raisonnable avant 65 ans malgré l’âge légal de départ fixé à 62 ans, ou 57 ans pour les catégories actives.

Il en va de même pour près de 40000 fonctionnaires dont la carrière n’est pas complète, soit qu’ils aient travaillé à temps partiel (pour s’occuper de proches, d’associations, d’ONG…), soit qu’ils sont entrés tard dans la Fonction publique, soit qu’ils aient connus des interruptions de carrière (pour suivre un conjoint par exemple).

Ces fonctionnaires âgés de 57 à 62 ans pourraient prétendre à leur retraite dès cette année selon leur corps d’affectation (actif ou sédentaire). Malgré plusieurs années passées à notre service et celui de l’État, qu’ils soient infirmiers, enseignants ou affectés à l’entretien des routes… ces fonctionnaires ne bénéficient d’aucun minimum garanti et se retrouvent donc avec des pensions misérables.

La conséquence, c’est qu’ils ne partent pas et restent en emploi jusqu’à ce qu’ils atteignent la « limite d’âge », soit cinq années au-delà du droit à pension. A cette condition seulement, un minimum de 1 138,13 € pour 35 années de service leur est par exemple promis en 2019.

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F13300

A l’heure où le gouvernement (comme celui qui l’a précédé et celui probablement qui suivra) souhaite réduire le nombre de fonctionnaires, il s’acharne à maintenir en activité des milliers d’agents arrivés à saturation. Est-ce une attitude intelligente ? Non. Les politiques vont supprimer des postes dans quasiment tous les secteurs et conserver 40000 fonctionnaires qui souhaitent quitter leur emploi ! Ils maintiennent de ce fait en poste des agents en fin de carrière, peu au fait des nouvelles technologie, souvent blasés et démotivés, traînant des pieds face aux changements et aux nouveautés, touchant des salaires au-delà de la médiane et s’empêchent par là même de recruter des jeunes bien formés, motivés et à faible salaire. Économiquement et socialement, le calcul est désastreux : l’État perd à la fois de l’argent (les cotisations sociales versées dépassent largement une éventuelle revalorisation des pensions) et de la productivité.

Garantir à chaque fonctionnaire, au-delà de 15 années de services rendus à la nation, une pension minimale de 60 % du salaire médian (seuil de pauvreté européen), permettrait au contraire de faire des économies, de rajeunir la Fonction publique et d’accélérer les réformes administratives, notamment le passage au numérique.

L’acharnement qu’ont les dirigeants du public comme du privé à maintenir les vieux dans l’emploi et les jeunes dans le chômage n’aura au final qu’un seul résultat, l’accroissement de la violence. Une violence sociale qui fera d’énormes dégâts, tirant toute économie du pays vers le bas, et qu’il serait pourtant si simple de prévenir par un peu d’intelligence et de respect.

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A qui profite le con ?

La société MediaPro, basée à Barcelone mais essentiellement financée par des actionnaires chinois, a décidé d’investir 4,6 milliards d’euros pour les droits de retransmission des matchs de la ligue 1 de football en France. C’est le prix proposé pour les lots 1, 2 et 4 car BeIN Sports, société qatarie, s’est offert le lot 3 pour une  somme de 320 millions et la maison mère de Free, le lot 6 pour 50 millions, une misère ! Entre 2008 et 2024, ce sont donc plus de 12 milliards d’euros qui ont été dépensés dans le foot ! Pourquoi chinois et qataris dépensent-ils autant ? Sans doute parce que cela rapporte davantage en publicité lors des retransmissions mais l’objectif affirmé ici, est avant tout de créer des chaînes de télévision payantes et d’attirer un maximum d’abonnés grâce notamment à la grande couverture médiatique dont bénéficie le football, y compris dans les médias publics qui, eux, n’y gagnent rien.

https://www.eurosport.fr/football/ligue-1/2017-2018/ligue-1-les-droits-tv-vendus-pour-plus-d-un-milliard-d-euros-par-saison_sto6779856/story.shtml

« Pour rentabiliser cette somme, il faudrait à peu près 7 millions d’abonnés à 15 euros par mois » précise l’un des spécialistes de la chose. En comparaison, BeIn Sport qui possède les droits de la Coupe du monde et de l’Euro compte à ce jour environ 3,5 millions d’abonnés. MediaPro spécule donc sur un accroissement notable des cons en France. 7 millions, c’est possible après tout. Cela ne fait guère qu’une personne sur dix, c’est presque rassurant. A terme, cela signifie qu’un con acceptera de payé environ 200 euros par an pour regarder ses idoles intellectuelles.

Olympiades 1936Finalement, si on ajoute cette somme aux dépenses investies dans les jeux de loterie (1,2 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2016 pour 17 millions de joueurs dont un tiers de joueurs réguliers), dans le tabac (15 milliards d’euros pour 13 millions de fumeurs quotidiens), dans l’alcool (20 milliards d’euros pour 6 millions d’hommes et 3 millions de femmes) et le sexe (200 millions d’euros dans la pornographie, 3,2 milliards d’euros dans la prostitution), nous pourrions estimer ce que rapporte au commerce non responsable et bien peu éthique les 7 millions de cons visés.

https://www.planetoscope.com/sante/780-consommation-de-cigarettes-en-france.html

http://www.europe1.fr/societe/alcool-les-francais-boivent-moins-mais-plus-cher-2502387

Un rapide calcul nous montre en effet que le con de base, en survêtement devant sa télé, une clope aux doigts, un verre de whisky-coca aux lèvres, les pieds sur une pile de DVD pornos, un ticket de loto dans la poche… dépense environ 1000 euros par an pour ces subtils petits plaisirs qui caractérisent son statut d’homme civilisé ! Mille euros fois sept millions, cela fait tout de même sept milliards d’euros chaque année. On comprend l’intérêt que leur porte le commerce même si on ne peut l’agréer. C’est de toute façon une bonne en soi chose de faire payer les cons. Comme les riches, les fachos ou les machos… C’est autant de moins à payer pour ceux « qui ont quelque chose entre les oreilles ». Cela dit, ce serait mieux si toutes ces activités étaient davantage surtaxées car le con de part son comportement de cloporte illettré finit par coûter assez cher à la société. Ce serait mieux, non, si l’argent de la connerie n’allait pas aux actionnaires des clubs de foot, aux dealers et aux proxénètes ?

A quoi pourraient-ils servir par exemple ces 7 milliards d’euros ? A titre de comparaison, la branche maladie de la Sécurité sociale est déficitaire de 2,6 milliards d’euros tandis que les infirmières ne cessent de manifester contre la dégradation progressive des conditions d’hospitalisation. Le fonds de solidarité (FSV) est lui déficitaire de 3,8 milliards d’euros. Le FSV, je le rappelle, s’occupe du minimum vieillesse et des cotisations des chômeurs. C’est en partie lui qui finance les activités décrites ci-dessus car beaucoup de nos cons sont aussi au chômage faute d’employabilité et leur retraite n’est bien souvent pas très pimpante.

https://www.capital.fr/votre-carriere/pourquoi-pres-de-300-000-d-offres-d-emploi-ne-trouvent-pas-preneurs-1031257

Sept milliards d’euros, ce serait encore le coût de construction de 175 hôpitaux (pour soignés ces victimes) ou de 200 lycées (pour les instruire un peu). C’est par exemple un million d’années scolaires au prix de 2017 ! En sept ans, nous pourrions donc effacer l’essentiel de la bêtise de notre territoire en faisant que ces sept millions d’abrutis supposés réfléchissent pendant un an au sens qu’ils donnent à leur vie et l’utilité qu’ils apportent au monde. Passer de sept ans de malheur à sept ans de bonheur en quelque sorte… Que deviendrait en effet notre société si le foot n’était qu’un sport de quartier, la cigarette un objet de musée, l’alcool un plaisir contrôlé et le sexe un bonheur partagé ? Qui perdrait à cette évolution et qui y gagnerait ?

Quoiqu’il en soit, la résolution de cette misère tant morale qu’intellectuelle passe inévitablement par une taxation accrue de toutes ces pratiques pour en élever encore le coût jusqu’à ce qu’elles ne soient plus accessibles qu’à un tout petit nombre. Plutôt que de sponsoriser les clubs, les villes ne devraient-elles pas les taxer ? Plutôt que de subventionner les industries de la misère, via des règles fiscales trop globales, les états ne devraient-ils pas les exclure en les taxant davantage ? Plutôt que d’interdire la prostitution, la communauté ne devraient-elle pas la légaliser et la taxer lourdement ? S’il y a urgence à évacuer cette pitoyable humanité de nos perspectives citoyennes, ce n’est certainement pas en mettant en valeur dans tous les espaces le mondial russe ! La gloire d’un dictateur tranquille ne fera pas avancer l’humanitude !

Berlin 1936

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Merci Macron !

Aventure personnelle, une fois n’est pas coutume, ma chronique a trait à l’un de mes voyages à travers la France. Le premier juin dernier j’ai du en effet revenir des Cévennes jusqu’à la capitale, parcours que je pratique depuis de nombreuses années du fait de la répartition géographique de ma famille. Il y a quelques décennies le train qui reliait Paris et Béziers s’appelait le Cévenol, je le prenais Gare de Lyon, à Paris, en début de nuit, il me déposait au petit matin à Villefort en Lozère. J’adorais l’ambiance qui y régnait, c’était un peu comme notre Orient-express à nous, les gens du sud et rien au monde ne nous aurait fait passer par la vallée du Rhône pour rejoindre nos montagnes. J’adorais notamment l’heure du petit-déjeuner, en hiver, lorsque les voyageurs se retrouvaient sur le quai de Langogne, certains encore en robes de chambre, pour une longue pause au milieu des vapeurs du café brûlant. Nous nous racontions des bouts de vie, recroquevillés comme des manchots sur la banquise, autour du vendeur ambulant, et il y avait toujours quelqu’un pour plaisanter de notre situation d’exilés volontaires. La pause durait de longues minutes avant que le train ne reparte fendre la neige des hauts plateaux. Je faisais généralement le retour de jour parce que je n’avais pas envie de me presser de rentrer chez les fous et que la superbe vallée du Haut Allier était un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte. Le train passait à 8h44 à Villefort, atteignait Clermont-Ferrand vers treize heures et Paris en fin d’après-midi.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cévenol

Au fil du temps, la vie s’est accélérée et plus personne n’a souhaité (mais nous a-t-on un jour demandé nos avis ?) passer autant de temps dans les trains. Le Cévenol s’est donc peu à peu épuré jusqu’à disparaître du paysage ferroviaire. Néanmoins, jusqu’au printemps dernier, deux trains continuaient à relier quotidiennement Nîmes à Clermont-Ferrand et il m’arrivait encore d’utiliser cette ligne pour remonter vers le nord, bien que la liaison TGV Nîmes-Paris ait réduit le trajet à cinq heures. Il en fallait encore de sept par les terres de Vercingétorix. Le 1er juin, donc, je m’apprêtais à prendre l’un des derniers « Cévenol » encore valide, numéroté 73990 selon ma réservation, quand le chef de la séculaire gare de Villefort me dit d’un air de Droopy neurasthénique : Y a plus de train… Comment ça plus de train ? Et mon billet ? demandai-je déjà énervé. Maintenant c’est des autocars ! reprit-il… Loi Macron.

http://www.lesechos.fr/29/02/2016/lesechos.fr/021732923777_six-mois-apres-la-loi-macron–1-5-million-de-voyages-par-autocar.htm

Depuis le début de l’année, en effet, la « loi sur la croissance » libéralise, parmi mille autres choses, le transport sur tout le territoire français, ce qui devrait à terme selon le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, créer des « dizaines de milliers d’embauches ». Cette loi, qui a été validée par l’article 49.3 en juillet 2015, sans accord démocratique donc, permet à n’importe quel autocariste de s’installer sur un secteur et d’y proposer ses trajets. C’est ce qu’on appelle un système libéral : chacun propose ses produits au prix qu’il veut et le client choisit. Sur le papier c’est formidable et moult mathématiciens ont prouvé par A plus B que le marché libre est le plus efficient des systèmes d’échange puisque le consommateur est assuré d’y trouver une satisfaction (une utilité disent les économistes !) à la hauteur de ses moyens. Sauf que sur le terrain, la réalité était tout autre : à Villefort, au cœur des Cévennes, le choix n’était qu’une vue d’alouette.

En me retournant, je vis débarquer sur le parking de la gare un bus d’une société privée où ne figurait aucun logo de la SNCF. C’est lui, me confirma pourtant le chef de gare d’un geste du menton d’où je vis jaillir toute la déception d’une corporation bientôt décimée. Mais il n’y a plus du tout de train, m’enquerrai-je, un peu affolé à l’idée de subir les cent mille virages qui me séparaient de Clermont-Ferrand ? Non… y a plus de train. Je n’en croyais pas mes oreilles : non seulement je ratai le spectacle de l’Allier où seule passait la voie ferrée, raison initial de mon choix, mais je n’avais aucune ristourne sur le prix. Villefort – Clermont en bus, 250 km de virages et bosses ! Que dire sinon que ce voyage fut un calvaire ? Rien à voir avec mon Cévenol : Siège trop étroit, impossible d’allonger les jambes, impossible de lire, de dormir même, de se détendre dans les allées, de prendre un café à la voiture bar… Secoué à chaque virage, à chaque malformation de la chaussée, je dus m’accrocher mille fois pour ne pas tomber dans la rangée … Et comment manger, même un sandwich, dans ce bateau ivre, sans en foutre plein partout ? Virage serré à droite : le bout de tomate vola contre la vitre ; freinage inopiné : le cornichon s’échappa sur ma chemise blanche ; dos d’âne : ce fut le jambon qui prit la fuite… Après deux heures de route, j’étais exténué quand l’envie d’uriner s’immisça tragiquement dans mon cerveau… Oui, je sais, les bus modernes en sont équipés mais ces toilettes sont conçues pour des sportifs de haut niveau, à la fois minces et capables de maintenir une concentration optimale au milieu des pires turbulences, mais pas pour des citoyens normaux, par définition instables et maladroits. J’arrosais naturellement la cabine… Tant pis, c’était bien fait pour eux, après tout. J’avais un peu honte en revenant à ma place, sentiment d’indignité mêlé de lassitude : je pensais à ceux qui iraient après moi et à l’employée polonaise qui devra nettoyer tout ça le soir venu…

Ma correspondance pour Paris était à 13h32, le Cévenol serait arrivé à 13h19, mais à 25, le bus était encore empêtré dans les embouteillages de la nouvelle Gergovie. Le stress monta brutalement dans l’équipage, tout le monde songeait déjà à la difficulté qu’il y a à faire changer un billet à la dernière minute. Le chauffeur sentit ses épaules ployer, il prit la double file, klaxonna à l’italienne, coupa la route aux anti-Macron et nous déposa in extremis devant la gare. Il nous restait à courir comme des garennes effarouchés, ignorant nos semblables et la civilisation toute entière pour sauter, ouf ! sur le marchepied vibrant du wagon salvateur…

Un billet collector !

J’ai réfléchi tout au long de ce parcours initiatique au pourquoi de ce naufrage, je n’ai pas trouvé de réponse. La SNCF ne gagne rien à remplacer ses trains par des autocars sinon à éviter une concurrence qui risquerait de la ruiner. Cela lui coute cher car, n’ayant pas d’autocars, elle est condamnée à sous-traiter le transport aux entreprises qui justement lui feraient cette concurrence. Celles-ci  par contre ont tout à gagner : du travail supplémentaire assuré, au prix du train ! La concurrence, argument majeur de la libéralisation du marché, n’existe donc pas et le consommateur finit par payer le prix fort pour un service  devenu pitoyable. Merci Macron ! Alors je me suis dit que la raison était ailleurs : il faut beaucoup de chauffeurs pour conduire tous ces bus. Le gouvernement, actionnaire principal de la SNCF, fait sans doute le pari de réduire le chômage grâce à ce subterfuge, quitte à saborder la compagnie ferroviaire. Cette manœuvre rejoint l’emploi massif d’apprentis dans la fonction publique pour réduire le chômage des jeunes… sans leur donner un véritable emploi, en se fichant éperdument des désordres engendrés dans les services et aux dépens des carrières de ceux que ces postes intéressaient. Quel est le gain de tout cela ? Une réélection ? Combien de milliards dépensés bêtement, de pollution supplémentaire subie, de mal vivre pour tout un peuple, de gaspillage colossal d’énergie ? Ce ne sont pas les habitants du haut Allier qui sont fous mais ceux qui gouvernent aujourd’hui le pays ! En 2017, il serait salutaire de tous les envoyer dans la Lune… en bus !

http://www.defense-promotion-cevenol.fr/site/

http://usagers-transports.haut-allier.eu/

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Euro 2016, le coût du kif !

Le populos est ravi : on oublie tout, c’est la fête, canettes de bière et chips à volonté, écharpe tricolore, bob Cazanis et trompette en plastique… Allez la France ! ça fait un an qu’on se prépare, on va gagner, c’est obligé, ça peut pas être autrement… Ah oui ?

Au fait, footballeur de salon, est-ce que tu as compté combien ça te coûte d’être con à ce point ?

« L’Euro 2016, nous dit les Echos, c’est 1,64 milliard de travaux dans les stades avant la compétition, 835 millions de dépenses d’organisation ». C’est aussi 1,9 milliard de recettes attendues pour l’UEFA et 1,3 milliard pour les 10 villes hôtes, « ou encore 180 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires pour l’Etat ». Sauf qu’on vient d’apprendre que l’Etat fait cadeau de cette somme à l’UEFA en échange de sa contribution à la construction des stades (20 millions d’euros aux dix villes accueillant la compétition). Aucune taxe, aucun impôt sur les sociétés, aucune autre fiscalité française ne sera prélevée sur l’UEFA et sur ses filiales françaises, se gausse le Premier Ministre. Merci patron !

http://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conseils/0203101037392-en-attendant-l-euro-2016-628381.php

Pourtant, selon l’Observatoire des gaspillages publics, les contribuables français ont déjà investi plus d’un milliard d’euros avant que commence le premier match. 24 millions d’euros seront dépensés pour assurer la sécurité des « fans zones » où va se masser la subtile et tendre crème intellectuelle du pays de Voltaire (soit, au passage, 14 millions de plus que ce qui était prévu au départ). Le seul stade de Lyon, capitale des gaules, est un gouffre financier que les habitants de la grande région n’ont pas fini de supporter. Le club est en plein naufrage, il perd plus de 25 millions chaque année et a emprunté dix fois cette somme pour s’offrir sa boîte à danseuses ! A moins d’être récupéré par un qatari en mal de reconnaissance ou par un mafiosi en rupture de stock, il n’a aucune chance de parvenir à payer sa dette et, au final, ce sera forcément le citoyen qui s’en chargera, qu’il aime ou qu’il déteste le foot… Les clubs de football professionnels espagnols montrent la voie : Champions toutes catégories, ils affichent une dette globale de 3,5 milliards d’euros dont plus de 700 millions de dette fiscale ! Mais peu nous importent, après tout, les bibliothèques et les hôpitaux que cet argent pourrait permettre de construire puisque le Real et l’Athletico étaient tous deux en finale de la Champions League cette année. Que demander de plus ? L’Angleterre par contre peut faire la grimace : berceau du football elle n’a rien gagné cette année et l’endettement global des 18 clubs de première ligue les plus menacés s’élève à 4 milliards d’euros…

http://www.observatoiredesgaspillages.com/2014/02/combien-va-couter-l-euro-2016/

Mais que les Français se rassurent, l’Euro est une bonne affaire puisque 2,4 millions de spectateurs sont attendus dans les stades et 6,5 millions dans les « fans zones ». Les organisateurs, dit-on, peuvent compter sur un retour de plus de 2,5 milliards d’euros. Soit 800 millions de bénéfices ! Pour la collectivité ? Que nenni, pour l’UEFA d’abord et surtout pour toutes les sociétés partenaires qui ont mis la main à la poche : celles qui ont contracté un partenariat public-privé pour la construction et la rénovation des stades, dont on sait qu’il est prévu un dédommagement de l’Etat en cas de gains inférieurs à ce qui est escompté, et celles qui participent à la fête. Les dix « partenaires globaux » : Adidas, Carlsberg, Coca-Cola, Continental, Hisense, Hyundaï-Kia, McDonald’s, Orange, Socar et Turkisk Airlines, font d’ailleurs rêver tant ils sont emblématiques du raffinement et de l’élégance qui caractérise le monde moderne. On sait combien ces sociétés sont respectueuses des hommes et de l’environnement et on est content de savoir que leurs actionnaires vont engranger des millions de dividendes en fin d’année grâce à cette « grande fête populaire ». On est content aussi pour la FDJ, le Crédit Agricole, la SNCF, la Poste qui ont dépensé plein de sous pour avoir leur nom en haut de l’affiche et on pense très fort à leurs salariés qui doivent être si fiers de leurs dirigeants. Je ne sais pas non plus si les mille « collaborateurs » recrutés par Proman pour l’occasion ouvriront le champagne au lendemain de la fête mais je sais que le patron de cette PME, lui, pourra aller dîner chez monsieur Hédiard le traiteur « exclusif » du village VIP…

Est-ce les Français sortiront gagnant de la compétition ? Évidemment non. En 2004, le Portugal a choisi de détruire les stades après la compétition parce que leur entretien devenait trop coûteux. L’Afrique du Sud, organisatrice de la Coupe du monde 2010, a dépensé 7 milliards d’euros (soit 30 % de dépenses de plus que prévu initialement), pour une recette de 3,7 milliards. La Grèce a consacré 5 % de son PIB pour les Jeux de 2004 et les installations sportives rouillent aujourd’hui au milieu des herbes folles. Les Grenoblois n’ont fini de payer leurs Jeux olympiques qu’en 1993 et les Canadiens, ceux de Montréal, qu’en 2006 ! On parle encore de 28 milliards d’euros dépensés pour l’organisation des Jeux de Londres dont, c’est sûr, les londoniens profitent énormément.

L’organisation de telles compétitions est si rentable que les villes de Strasbourg, de Nancy et de Nantes ont refusé de participer à la fête. Comme Rome, d’ailleurs, initialement tentée par les Jeux Olympiques de 2020. Le Brésil qui va enchaîner la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques sera peut-être le premier pays à entraîner tout un peuple dans la ruine pour quelques paillettes et un petit instant de lumière…

Et en plus, pauvre cloche, pour regarder les matchs à la télé, il va falloir te payer un abonnement à une chaîne privée qui va te saturer le neurone de pub ! C’est vraiment la loose. S’en fout, tu prendras ça sur le budget d’éducation de ton fils, comme pour l’écran plasma ! Et comme c’est la fête et que tu as joué au loto ce matin, je te donne les salaires que touchent les joueurs de l’équipe de France. Comme ça, tu pourras mieux t’identifier à celui dont tu portes le maillot depuis trois jours en allant faire tes courses au Simply Market.

On s'en fout du foot !

Hugo Lloris : 416 000 euros par mois
Steve Mandanda : 300 000 euros par mois
Benoît Costil : 90 000 euros par mois
Bacary Sagna : 491 000 euros par mois
Christophe Jallet : 116 000 euros par mois
Laurent Koscielny : 366 000 euros par mois
Adil Rami : 200 000 euros par mois
Eliaquim Mangala : 458 000 euros par mois
Samuel Umtiti : 250 000 euros par mois
Patrice Evra : 291 000 euros par mois
Lucas Digne : 250 000 euros par mois
Paul Pogba : 375 000 euros par mois
Blaise Matuidi : 750 000 euros par mois
Ngolo Kanté : 291 000 euros par mois
Yohan Cabaye : 360 000 euros par mois
Moussa Sissoko : 458 000 euros par mois
Morgan Schneiderlin : 517 000 euros par mois
Antoine Griezmann : 460 000 euros par mois
Kingsley Coman : 166 000 euros par mois
Dimitri Payet : 600 000 euros par mois
Anthony Martial : 400 000 euros par mois
Olivier Giroud : 616 000 euros par mois
André-Pierre Gignac (le looser du groupe) : 83 000 euros par mois
Didier Deschamps (entraîneur) : 166 000 euros par mois

soit 7,8 millions pour les quatre semaines de l’épreuve…

Il y a aussi des primes pour l’Euro2016, offertes par la fédération :

Rendre populaire le gouvernement : 300 000 euros par joueur
Faire oublier la réforme du code du travail : 250 000 euros
Mettre fin aux grèves et aux revendications: 210 000 euros
Ridiculiser les mouvements sociaux : 165 000 euros

http://www.lemeilleurdufootball.net/international/euro-2016/euro-2016-les-salaires-primes-et-numeros-des-bleus/4373/

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Attentats-COP21 : Quel lien ?

Cette semaine politique restera dans l’Histoire de notre pays. L’état d’urgence mis en place par le gouvernement socialiste et voté par l’ensemble des parlementaires (sauf six courageux responsables dont il faudra se souvenir longtemps et treize abstentionnistes) vient clore un processus de déchéance progressive de toutes nos libertés depuis l’apogée des années soixante-dix où elles avaient tant perturbé le monde des affaires. La porte de notre prison commune est désormais cadenassée pour une durée imprévisible… Après le fichage généralisé, y compris de notre ADN, le contrôle de tous nos gestes via nos cartes de payement, nos téléphones et nos ordinateurs, la sanction automatique par des robots de nos actes jugés illicites, sur la route ou dans la rue, l’impérialisme des normes industrielles dans nos habitats, nos véhicules, nos outils de travail, notre alimentation… voici l’état d’urgence. Le bruit des bottes est de retour en Europe et le couvre-feu pointe à l’horizon. Il n’y a rien d’illogique dans ce glissement liberticide : la liberté est un poison pour ceux qui tirent un grand bénéfice financier d’un monde de normopathes. Et ce n’est pas être devin que d’affirmer que demain les forces nationalistes, arrivées au pouvoir  grâce à l’argent des multinationales, s’empareront de toutes ces lois socialistes et républicaines pour ériger des camps, y enfermer les contestataires et justifier leur massacre d’une urgence sécuritaire.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_allemande_des_pleins_pouvoirs_de_1933

La vitesse à laquelle les parlementaires ont voté l’état d’urgence ne vous rappelle-t-il pas la célérité dont monsieur Sarkosy a fait preuve pour secourir les banques en faillite après la crise des subprimes en 2007 ? La quasi-unanimité du vote parlementaire ne vous rappelle-t-il pas l’enthousiasme de nos élus à ratifier le traité de Lisbonne qu’une majorité significative des français avait rejeté en 2005 ? Le Premier ministre lui-même indique que la loi d’urgence doit éviter tout regard du Conseil constitutionnel qui la rejetterait immédiatement et qu’au besoin, la constitution sera réformée… non pas par le peuple, peu fiable, mais par ces mêmes parlementaires. Ne nous voilons pas la face, les mots sont là : « guerre », « état d’urgence », « sécurité », « sacrifice », « patriotisme »… Nous y sommes.

http://www.slate.fr/story/110379/manuel-valls-conseil-constitutionnel-etat-urgence

Les manifestations populaires, solidaires et syndicales sont interdites… Les droits des individus poussés du pied par des policiers tout puissants… et les esprits sont soigneusement formatés par des médias aux ordres du pouvoir et des grands patrons. Naomi Klein nous avait prévenus : les populations, sous le choc des traumatismes, accepteront avec bienveillance les lois liberticides, les emprisonnements arbitraires et les comportements normatifs. 91% des français sont favorables à leur propre emprisonnement selon le dernier sondage en date !

http://www.reporterre.net/La-Coalition-Climat-maintient-la-mobilisation-pour-la-COP-21-mais-les

Sauf que tout est faux dans le discours officiel : les terroristes, aussi débiles soient-ils, ne combattent pas le mode de vie occidental, pas plus qu’ils ne s’attaquent pas à nos libertés offensantes, à notre musique dépravée ou nos mœurs dissolues, ils se révoltent contre un système qui ne leur a laissé aucun espace de survie. Il faut écouter tous ceux qui, comme  Myriam Benraad, connaissent mieux que nous la vie et l’esprit de ces gens qui nous agressent. « Il faut bien comprendre que l’Etat islamique n’est pas religieux. On nous présente son irruption comme un choc des civilisations, qui opposerait le monde musulman à l’Occident judéo-chrétien, mais ce n’est pas le cas. C’est un mouvement à la fois terroriste et révolutionnaire, de critique du monde. »

Sur notre territoire, nos classes surchargées empêchent toute expression de soi dès la petite enfance ; le collège est une jungle et l’université est une lutte incessante pour des postes rares où la moindre inconformité sociale est disqualifiante. Le monde du travail qui en résulte est devenu un cauchemar hiérarchique pour nombre de travailleurs et, en parallèle, l’habitat sur-densifié paralyse toute vie sociale en rendant les déplacements impossibles et en pourrissant les relations humaines de mal être, d’agressivité et de haine. A l’extérieur, l’impérialisme économique et militaire, notamment des États-Unis, impose à tous les peuples cette règle de soumission à l’ordre établi et malheur à ceux qui ne coopèrent pas. Les barbares qui aujourd’hui nous assaillent ont été nos partenaires du temps où ils s’opposaient aux soviétiques ou à un régime peu servile comme celui de Saddam Hussein. Ils ont été financés et armés par nos propres gouvernants qui aujourd’hui crient aux loups ! La France est depuis des décennies l’un des principaux fournisseurs d’armes dans tous les conflits qui secouent la planète. Est-ce cela l’image de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qu’il nous est demandé d’honorer ? Relisons plutôt 1984 de George Orwell et éteignons les télécrans qui nous expliquent qui sont aujourd’hui les ennemis de l’Eurasia !

La violence qui secoue nos cités n’est pas religieuse, la religion n’est qu’un prétexte parmi tant d’autres. Elle est née de l’acharnement des capitalistes à maintenir un ordre qui leur est éminemment favorable et qui, depuis des siècles, limite tant qu’il le peut l’expression humaniste des hommes à vivre dans un monde solidaire et coopératif. Cette violence s’appelle « révolution » et une fois de plus elle échappe aux forces de gauche qui étaient censées la porter en contenant ses dérives destructrices. Depuis le hold-up Mitterrand-Delors, la gauche atomisée, retranchée dans ses archaïsmes, est incapable de proposer un avenir au monde et notamment à cette jeunesse livrée à elle-même, seule, sans repère, prête à se jeter dans les bras de toute secte qui donnera à sa vie un peu de relief, fut-il sanctionné par une mort apocalyptique. Les élections à venir montreront encore une gauche divisée, abandonnant des régions entières aux forces nationalistes dont les chances d’apaiser la société sont bien minces. Ce n’est évidemment pas en chantant la Marseillaise à tue-tête que nous résorberons la violence mais en donnant la parole aux individus et surtout en les écoutant.

Le dérèglement climatique que la COP21 va mettre dans le lave-linge, programme court, au mois de décembre prochain est du même ordre. Il est né de la frénésie capitaliste du monde occidental et notamment du comportement incompréhensible des plus riches d’entre nous. La folie de quelques-uns s’exprime au détriment du bonheur de milliards d’êtres humains. L’amas de richesse des dirigeants et actionnaires des multinationales (dont font partie nos gouvernants et leurs opposants d’extrême droite) se fonde sur une économie de l’objet dont le pétrole est la première matière. Le chaos au Moyen-Orient est  donc nécessaire pour conserver la main-mise sur le pétrole Irakien… comme est inévitable la pollution qui résulte de la surconsommation organisée au nom du libre-échange. Ce qui nous arrive aujourd’hui vient d’une entité politique que nous revendiquons à chaque élection et qui porte un nom : le capitalisme.

C’est lui qui gangrène la planète et les esprits, ne cherchons pas ailleurs la source unique de nos malheurs. Les leaders intégristes dressés par les médias ne sont pas des islamistes furieux mais d’habiles manipulateurs qui tentent par la terreur d’obtenir une part du gâteau en secouant l’ordre mondial et en ratissant vers eux les aigris et les désenchantés des « zones sensibles ». Ils sont de cette gangrène au même titre que les tempêtes, les sécheresses, les épidémies, la pollution… Songeons que ce capitalisme là n’a pas fait que 130 morts à Paris le vendredi 13 novembre 2015, ce jour-là dix mille enfants sont morts de faim un peu partout sur la planète dans des souffrances atroces. Nous ne connaîtrons jamais leur nom, ni leur histoire, ont-ils vraiment existés d’ailleurs ? Demain, dix mille autres vont mourir… dans l’indifférence quasi-générale.

Fleurs au fusil (photo)

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De l’éloge de la pauvreté

Vingt-deux millions de tonnes de nourriture finissent à la poubelle dans l’Union européenne chaque année, nous rappelle un article de FranceTVinfo du 14 août 2015. Ce chiffre est issu d’une nouvelle étude publiée par le journal en ligne Environmental Research Letters et basée sur des statistiques fournies par l’Allemagne, le Danemark, la Finlande, le Royaume-Uni, les Pays Bas et la Roumanie. Les chiffres de la France, nous dit-on, ne sont pas fiables.

http://geopolis.francetvinfo.fr/ue-22-millions-de-tonnes-de-nourriture-par-an-finissent-a-la-poubelle-74491

On apprend dans cet article que « 80% de la nourriture jetée aurait pu être consommée » et que « l’Européen moyen jette environ 16% de toutes les denrées alimentaires qu’il achète au cours de l’année ». Évidemment cela fait beaucoup. 22 millions de tonnes, cela représente plus de 30 millions de vaches, soit une fois et demie le cheptel français, ou près de 20 milliards de poulets ! Ceci pour seulement 500 millions d’individus… Nous jetons à la poubelle chaque année l’équivalent de 40 poulets chacun, près d’un par semaine… Arrêtons le massacre ! D’ailleurs, je reviens de faire mes courses au supermarché du coin, j’ai voulu prendre des légumes bio pré-emballés, ils étaient tous plein de moisissure, je n’ai rien acheté. En liberté dans un bac, comme les autres légumes, ils auraient peut-être mieux résisté et se seraient probablement mieux vendus. Ce soir, hélas, ces courgettes, poivrons et aubergines bio, patiemment cultivés sans pesticides de synthèse par quelque paysan pauvre de l’Europe orientale vont rejoindre le flot incessant de notre gaspillage intensif, avec les millions de produits emballés et périmés dont les filières de recyclage ne savent pas quoi faire.

Nous savons depuis pas mal de temps que 30% de la nourriture produite dans les pays civilisés n’est jamais consommée parce que non conforme à la norme ou périmée avant d’atteindre un ventre creux. C’est intéressant de mettre ce constat en regard des revendications des éleveurs de porcs qui demandent d’être « tout simplement rémunérés » pour leur travail. On parle de 1,4 euros le kilo. C’est peu. Nous serions prêts à payer bien plus cher pour une viande de qualité si ces éleveurs voulaient bien se donner la peine de la produire plutôt que s’acharner sur une mono-production intensive qui sature le marché d’une barbaque pour chien. L’agriculture industrielle et les entreprises agroalimentaires produisent en effet très massivement de quoi nourrir les européens sauf que d’un côté beaucoup de ces européens n’ont pas les moyens d’acheter ces denrées à cause notamment des surcoûts de la distribution, et de l’autre, ceux qui gagnent des salaires suffisants refusent d’ingurgiter la saloperie produite.

Notons au passage que ceux qui refusent de dépenser pour se nourrir convenablement (les plus pauvres) ne regardent pas la dépense avec autant d’esprit critique lorsqu’il s’agit d’acheter le dernier smartphone, le scooter du fiston, la Nissan Qashqai ou le grand écran du salon. On s’endette, on s’enlise, on creuse le déficit pour trois générations et on hurle au loup dès que les produits bio, récoltés à proximité, dépassent les 5 euros le kilo ! Au début des années soixante, le ménage français moyen dépensait 40% de son budget pour s’alimenter. Les Français n’étaient guère obèses et le gaspillage de la nourriture ne défrayait pas la chronique. Je me souviens même qu’à la fin des années soixante-dix, je mangeais encore des fruits mûrs et juteux achetés dans les coopératives locales et je ne trouvais pas ça cher… Aujourd’hui, les Français grognent parce qu’ils sont contraints de dépenser 25% de leur budget pour se nourrir ! Un budget qui a pourtant triplé en quarante ans. Et les paysans qui ont survécu, eux, cueillent leurs fruits verts, bourrent leurs animaux d’antibiotiques et de farine de n’importe quoi pour satisfaire le marché et regardent, dépités, le flot incessant des produits agricoles d’une qualité plus mauvaise encore qui s’écoule d’Israël, d’Amérique latine ou de Nouvelle-Zélande… Et à la fin on jette tout parce qu’on préfère aller au fast-food.

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/CONSO09c.PDF?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=la-consommation-des-menages-depuis-50-ans-pdf-insee

Mais tous les européens ne sont pas égaux devant le gaspillage de la nourriture. Là comme ailleurs, les inégalités triomphent. Les « experts » du Centre commun de recherche européen nous livrent en effet une information supplémentaire dans leur compte rendu : ne mesurant pas le gaspillage en vaches et en poulets mais en boîtes de haricots et en pommes, ils précisent que l’Anglais de base gaspille l’équivalent d’une boite de haricots par jour quand son homologue Roumain ne jette qu’une pomme par an. Cela rapproche le Roumain d’aujourd’hui de l’enfant que j’étais en 1960. Ma mère m’aurait salement enguirlandé si elle m’avait vu jeter de la nourriture, même une pomme. A la fin des repas, les assiettes étaient vides et rien de ce qui se trouvait dans le réfrigérateur n’aurait pu rejoindre à un moment ou un autre la poubelle. Les épluchures elles-mêmes n’étaient pas gaspillées mais transformées en œufs, en lapins ou en nouveaux légumes du jardin. En fait, les 22 millions de tonnes de nourriture gaspillées chaque années en Europe le sont principalement par les populations les plus riches qui peuplent le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France (la moitié de la population européenne à eux trois).

Je me dis alors que cette crise a du bon, qu’elle devrait même s’accroître jusqu’à la dislocation totale des institutions qui ont gouverné un tel naufrage. La pauvreté nous rendra alors une conscience que nous avons depuis trop longtemps ensevelie sous l’abondance. Alors peut-être, avant de mourir d’un cancer-cadeau de l’agriculture intensive, pourrai-je à nouveau déguster un yaourt nature, non aseptisé mais goûteux, et des fruits savoureux et difformes, cueillis sur l’étalage… Mais je crains qu’il faille vivre encore longtemps.

Pommes de Cézanne

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