A quoi sert la richesse ?

Une vague d’émotion impressionnante secoue le monde comme cela arrive de temps en temps, quand une fillette s’éteint parce que ses parents ne peuvent payer l’opération qui pourrait la sauver, qu’un enfant, coincé dans un puits artésien, meurt faute de pouvoir être secouru par des pompiers anéantis par l’impuissance de leur technologie ou qu’une famille constate, hagarde, la puissance d’une nature indomptable et furieuse ayant rayer de la carte toute une vie et la demeure qui était sensée la protéger… Cette fois, c’est un lion, paisible mâle de treize ans, à la crinière noire et l’œil séducteur, idole des lionnes de la réserve de Hwange au Zimbabwe et des touristes occidentaux venus le photographier. Au début du mois de juillet, cet animal a été stupidement massacré par un riche dentiste américain en mal de sensation forte.

http://www.francebleu.fr/faits-divers/animaux/scandale-dans-le-monde-apres-la-mort-de-cecil-un-lion-protege-tue-par-un-chasseur-2508641

L’histoire fait le tour du monde, indigne des millions de citoyens responsables qui se déchaînent sur l’Internet, appelant à la vengeance, à la loi du talion, voire à la fatwa au nom de l’intelligence et du respect de la vie sauvage. Walter James Palmer, le tueur, et Théo Bronkhorst, l’organisateur de la chasse vont voir leur vie basculer vers une réalité qui les rendra un peu plus lucides sur les fondements du monde. J’espère personnellement que l’un et l’autre auront du mal à retrouver une place paisible sur cette terre qu’ils ont choisie sans vergogne d’assassiner mais je sais qu’on pardonne facilement aux riches comme on pardonne aux dictateurs déchus ou aux tortionnaires repentis une fois la révolution achevée.

Désert du Qatar

Au-delà de ce pauvre crétin qui a choisi de tuer un lion protégé dans une réserve naturelle, c’est le rôle de la richesse que je trouve intéressant dans ce fait divers. Le dentiste aurait dépensé plus de 55000 dollars selon l’ONG Zimbabwe conservation task force pour s’offrir un acte condamné par la loi. Évidemment les auteurs du crime crient leur bonne foi en prétendant ignorer que l’animal était protégé. Sauf qu’ils l’ont appâté pour le faire sortir de la réserve, qu’ils lui ont retiré son collier et qu’ils l’ont rapidement décapité pour fournir le trophée espéré au brillant chasseur de fauves avant qu’il ne quitte précipitamment le pays. De l’autre côté, aux USA, on accepte sans s’émouvoir l’entrée sur le territoire d’une tête de lion fraîchement abattu, alors que l’espèce est en voie d’extermination. La morale, c’est que l’argent permet tout, y compris des actes illégaux sans avoir à rendre des comptes. Il autorise pour le plaisir et en toute irresponsabilité les comportements les plus stupides : tuer un animal rare, polluer un territoire, expédier des milliers de gens dans la misère… Il permet de subtiliser au reste de l’humanité un bien commun, une terre, une œuvre d’art, une ressource convoitée et de la conserver pour soi-seul sans en avoir la moindre utilité, simplement pour la satisfaction de la possession. La richesse permet ainsi de rester un enfant, sans se sentir concerner par la marche du monde et n’ayant pour règle de vie que la satisfaction immédiate de ses pulsions et caprices.  Walter James Palmer est devenu un adulte au moment où il a pris conscience en regrettant son geste, il était temps. On se demande, soudain, comment cet être immature pouvait soigner les dents de ses patients ? Avait-il conscience de son rôle de thérapeute dans la société humaine ou ne pratiquait-il qu’une technique machinale sur des malades-objets pour quelques dollars de plus ?

Si vous consultez les actualités ou que vous observez les riches de votre quartier, vous verrez que le nombre de James Palmer est assez considérable ! Combien en effet de nos concitoyens choisissent de dépenser leur richesse dans des actes illégaux, malsains, irresponsables, stupides, parfois carrément méchants, destructeurs ou assassins ? Est-ce pour cela que nous rêvons de fortune, pour avoir, nous aussi, le droit de vivre au-delà des lois humaines comme des Peter Pan décérébrés ? Au fait, que feriez-vous vous-même si la fortune vous souriait : achèteriez-vous un gros quatre-quatre pour polluer les rues de votre ville, vous offririez-vous le dernier éléphant du Botswana ou raseriez-vous la cathédrale du Mont-Saint-Michel pour y construire votre palace privé ?

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308 millions pour sauver la France !

Comme nous en informe le Monde dans un article du 6 juillet 2015, l’État français a vendu ses parts de l’aéroport de Toulouse-Blagnac à un consortium chinois composé de Shandong Hi-Speed Group et de Friedmann Pacific Asset Management, un fonds d’investissement de Hong Kong. « On a reçu l’argent » déclare Bercy en assurant que les pouvoirs publics restent majoritaires ! Aujourd’hui, les investisseurs chinois

détiennent 49,99% des parts de l’aéroport, la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse, la région Midi-Pyrénées, le département de la Haute-Garonne et la communauté urbaine de Toulouse métropole en possèdent 40% et l’État en conserve 10,01%. L’équilibre joue donc sur 0,01% des parts qui donnent la majorité aux français.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/07/06/bercy-confirme-la-vente-de-l-aeroport-de-toulouse-blagnac-au-consortium-chinois_4672673_3234.html

La somme avancée par Emmanuel Macron est de 308 millions d’euros pour la moitié des

parts cédée aux chinois. Le centième vaut donc un peu moins de 62000 euros. Il faut être extrêmement solide ou complètement stupide pour penser que le consortium asiatique ne finira pas par acquérir le dérisoire centième de pourcentage qui lui manque pour gérer à sa guise l’aéroport de Toulouse. A l’heure où vous lisez ces lignes, un pactole en petites coupures attend sans doute déjà dans les armoires de la société Casil Europe, chargée de fluidifier la transaction.

Terrain à vendre

Car, comme chaque fois lors de marchés internationaux, l’opacité règne et une lourde suspicion de pots de vin pèse sur les contrats. Mike Poon, principal intermédiaire, a soudainement disparu sans laisser de trace, son nom apparaît dans un scandale de corruption et, selon Mediapart, « la société française créée pour gagner la privatisation, Casil Europe, a tout d’une société écran ».

http://www.mediapart.fr/journal/economie/300615/l-aeroport-de-toulouse-ete-privatise-au-profit-d-une-societe-ecran

Bref, d’ici trois ans, quelqu’un vendra aux chinois les 0,01% qui leur manquent, ils feront partir la plupart des employés français en pourrissant leurs conditions de travail, comme ils le font chaque fois qu’ils prennent possession d’une industrie sur notre territoire. Ils licencieront les plus résistants qui obtiendront une prime en échange de leur ulcère ou de leur dépression et ils feront venir un airbus de Chine avec tout plein de travailleurs dociles, serviables et très peu revendicatifs. En un an, grâce à un management efficace, les investisseurs auront renfloué leur caisse et commenceront à engranger les bénéfices. L’usager, lui, aura tout gagner : un service réduit au strict minimum, des opérateurs incultes qui parleront et comprendront mal le français, un aéroport sale et qui puera la cuisine à l’huile minérale. Ceux qui voyagent au-delà du Proche-Orient peuvent témoigner de ce qui attend l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Mais plus encore que l’invasion chinoise, c’est l’idée même de cette vente qui me perturbe. Quoi que nous fassions, nous n’empêcherons pas les Chinois de se répandre. Tous les peuples de la Terre sont nomades et c’est ainsi depuis que l’homme sait marcher. Nous devons faire avec, le Monde se construit ainsi. Mais pourquoi vendons-nous nos usines et nos terres ? Accueillons les étrangers, certes, mais gardons la main mise sur notre patrimoine. La France avait-elle réellement besoin de ces 308 millions, le déficit de l’aéroport de Toulouse menaçait-il l’économie de notre pays ? Rappelons à titre de comparaison que le budget du Sénat s’élevait pour l’année 2014 à 347 millions d’euros. Nous avons donc vendu un aéroport pour financer les activités des sénateurs une année de plus ! Il faudra donc en vendre un autre pour 2016, puis un autre encore pour 2017… Dépêchons-nous de construire « Notre-Dame-des-Landes » si nous voulons conserver le Sénat au delà de 2030 ! A moins que cela ne soit plus nécessaire après 2017, car nous aurons alors un gouvernement de gauche, issu d’une alliance PC-PG-EELV-NPA-NG, et Yanis Varoufakis, notre nouveau président de la Commission européenne, saura expliquer aux Chinois d’où nous vient la civilisation occidentale et ce qu’est une nation démocratique respectueuse de l’environnement et des droits humains.

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40000 euros de taxi !

Lundi 27 avril, grâce à la dénonciation d’un estimable « corbeau », nous apprenons que Agnès Saal, nommée par le gouvernement socialiste PDG de l’INA, organisme public de l’audiovisuel, a dépensé plus de 40000 euros de taxi en dix mois. C’est vrai, il faut l’avouer, que l’INA est située outre périphérique, à Bry-sur-Marne, à plus de 15 km du centre bouillonnant de la capitale. Autant dire au bout du monde, la banlieue !

http://www.ladepeche.fr/article/2015/04/28/2095543-presidente-ina-agnes-saal-presente-demission.html

Au coût moyen des taxis parisiens, cela représente plus de 30000 km de trajet, soit 100 km par jour, trois allers-retours Paris – Bry tous les jours de l’année ou 40 jours bloqué dans un embouteillage… Soyons tolérant, disons que Madame était généreuse avec l’argent du contribuable, qu’elle faisait deux allers-retours par jour et que son taxi mettait plus d’une heure pour parcourir la distance, ce qui est plausible compte tenu du trafic.

Mais nous découvrons que Madame disposait également à son poste d’une voiture de service avec chauffeur… On songe immédiatement à ce malheureux employé abandonné par sa patronne et je demande instamment qu’un comité de soutien lui vienne en aide car ce dut être douloureux de voir chaque matin Madame lui préférer le beau taxi chromé de la compagnie parisienne. Hélas, on sait aussi depuis Flaubert que les bourgeoises aiment voyager à l’arrière des taxis…

Notre élite de la République, qui a été, rappelons-le, directrice générale du Centre Pompidou, c’est dire le niveau culturel, tente de se justifier en avouant qu’elle a eu la maladresse de donner le code de réservation de la compagnie de taxis à son fils. Il ne s’est pas fait prier : 6700 km à lui tout seul ! Les copines ont dû être emballées ! Madame est-elle de ceux qui, comme Ségolène Royal, ministre socialiste, réclament plus d’instruction civique à l’école pour éduquer les enfants sauvages des banlieues de l’est parisien ? Évidemment, ce matin, Madame a démissionné de son poste. J’espère qu’une enquête plus poussée nous montrera que cet argent n’a pas servi à autre chose que des transports chèrement rémunérés par exemple pour financer une défaite électorale…

Il se trouve que j’habite moi-même non loin des bâtiments de l’INA et que je travaille à Paris. Nous nous croisons donc tous les matins et tous les soirs, Madame et moi. Sauf que nous ne nous voyons pas puisque j’utilise le RER comme le préconise le gouvernement, pour permettre à ceux qui ont une voiture de service payé par nos impôts de circuler plus librement. J’ai fait le compte : depuis que je vis ici, en dix années donc, j’ai dépensé 7523 euros de transport, soit trois fois moins que Madame en dix mois. Il est vrai que je ne voyage pas en première classe et que, citoyen responsable, je rentabilise l’espace avec mes collègues de Bry-sur-Marne. Nous mettons en quelque sorte en pratique la volonté générale des élus de densifier les zones urbaines !

Remarquez, même si j’avais voulu, histoire de dire que moi aussi je le vaut bien, je n’aurais pas pu prendre le taxi. Pas assez riche, mon fils ! 40000 euros, c’est le double de ce que je gagne en travaillant toute l’année. Je sais, ça fait marrer le fils de Madame, mais j’ai tout de même fait des études pour obtenir ce salaire. Pas autant que Madame, certes, mais tout de même, quelques années d’université publique. Et puis c’est décidé, dès septembre je m’inscris au concours de l’ENA. Je vais bosser comme un dingue pendant deux ou trois ans, promotion Diogène de Sinope, et après je postulerai sur un poste de PDG d’une entreprise publique. A l’INA, pourquoi pas, puisque le poste est vacant. Ah, ah, je ris déjà en voyant votre tête, entassé dans le RER comme dans un wagon plombé ! Allez, serrez-vous, bon sang ! Mohamed et Raoul aimeraient aller bosser eux-aussi, ils ont des impôts à payer ! Et Madame et moi avons besoin de cet argent pour notre taxi !

Statue de la vierge

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Une bague à 1,7 millions d’euros

Citée par Le Figaro, avant hier, une « collectionneuse d’art » s’est fait dérober un sac alors qu’elle circulait à bord d’un taxi en provenance de Roissy… Le butin, essentiellement des bijoux de luxe, est estimé à cinq millions d’euros !

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/04/16/01016-20150416ARTFIG00086-des-voleurs-a-la-portiere-derobent-5-millions-d-euros-en-bijoux.php

L’histoire se passe sur une portion couverte de l’autoroute A1 où les vols « à la portière » ne sont apparemment pas rares. Les malfaiteurs brisent une vitre du véhicule, s’emparent de ce qu’ils peuvent et s’enfuient par les portes de sécurité du tunnel. Inutile de dire que la police connaît le coin et que ces bandits de grands chemins vivent leurs meilleurs jours. Dans quelques semaines ils seront retrouvés et jetés sans ménagement en prison. On ne touche pas au grisbi !

Ce qui est intéressant, ici, ce n’est pas le vol mais la somme annoncée : ils doivent en faire une tête les pieds nickelés qui croyaient juste voler un portefeuille bien rempli pour se payer une soirée au fast-food du rond-point d’à côté. Ils ont dû tout balancer dans les buissons, c’est sûr, un tel magot devait leur brûler les mains. Je serai à la place des mômes de la cité voisine, je saurai quoi faire de mon week-end. Un petit bracelet Chanel, ça peut toujours aider à finir le mois.

Cette femme d’origine taiwanaise, nous dit-on, habitant en Allemagne, devait se rendre au musée d’Art moderne pour y présenter les fameux bijoux dont une bague estimée à 1,7 million d’euros et trois montres numérotées. Je ne savais pas que les montres pouvaient être numérotées, ni qu’une bague pouvait coûter ce prix là. Mais ce qui m’étonne le plus, c’est qu’il existe encore sur cette planète des gens assez abrutis pour dépenser autant d’argent dans la simple possession d’objets. Un million d’euros dans une bague, rendez-vous compte… Moi, j’ai compté : à la fin de ma vie professionnelle, si tout se passe bien, c’est la somme que j’aurai gagné en travaillant quelques 8400 jours ou 67200 heures. Je pourrais m’offrir la bague mais aucune des trois montres. Passé soixante-deux ans, je n’aurais même pas de montre numérotée à mon poignet… Autant dire la chouffe !

Après tout, j’aurais la bague ! Mais qu’en faire sinon l’offrir à une jolie demoiselle dont les yeux papillonneraient en la regardant d’un plaisir enfantin ? Car, c’est sûr, c’est une bague pour femme, avec un diamant, des pierres précieuses et tout ce qu’il faut d’or et d’argent pour plaire aux amoureux des belles dames. Peut-être alors la jolie demoiselle me regarderait-elle avec quelque tendresse, me suivrait-elle dans mon château imaginaire jusqu’aux fins fonds du rêve. Mais quand l’estomac criera famine ? Est-ce que l’amour et l’eau fraîche suffiront à l’apaiser ? Elle repartira, c’est sûr, vers des terres plus matérialistes… et en emportant ma bague.

Et il ne me restera rien. Je serai condamné, après une vie de travail – un trésor disait La Fontaine ! – à une errance misérable et dépendante. Peut-être un jour devrais-je me faire voleur ou coupeur de route comme les appellent les africains ? Voler pour survivre, juste pour survivre. Je me posterai près d’un tunnel d’autoroute, dans une zone fréquemment embouteillée, non loin d’un aéroport international et j’attendrai qu’un taxi s’arrête avec à son bord une jolie dame riche amatrice de belles bagues à 1,7 millions d’euros…

La gauche, c'est maintenant !Ou jamais…

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